sorcières cyborg

Samedi 20 avril, je suis allé à la Gaîté Lyrique pour participer aux rencontres éditoriales qui avaient lieu dans le cadre de l’exposition Computer Girrls. Je suis arrivé devant la Gaîté sans encombres et je suis tombé direct sur Florian en tutu, m’est immédiatement revenue cette nuit où nous avions dansé comme des folles à la Toilette, c’était je crois au Wanderlust, il portait ce même tutu et tout le monde était déchaîné.

Lui aussi se rendait aux rencontres féministes queer transféministes qui avaient lieu dans le cadre de Computer Girrls, événement qui « revisite l’histoire des femmes et des machines, esquisse des scénarios pour un futur plus inclusif, donne la parole à vingt-trois artistes et collectifs internationaux qui remettent en cause les récits dominants sur les technologies, et exhume le rôle méconnu des femmes dès les origines de l’informatique. » Elle a commencé en mars et s’étire jusqu’à début juillet, j’irai bientôt y passer du temps. (et ce sont Inke Arns et Marie Lechner qui l’organise)

Quand je suis entré dans la Gaîté, les agents de la Sécurité étaient prévenus, de toute façon je viens régulièrement à la Gaîté depuis quelques années, et la direction, comme les agents de sécurité, sont au fait des excentricités de genre, et je n’ai jamais ici subi de violence discriminatoire. En revanche, je me suis fait la remarque qu’une fois de plus il n’y avait que des personnes racisées au service d’ordre, ce dont j’allais parler ce soir-là avec une personne qui travaille sur ces questions, personne dont j’entends parler depuis longtemps et que j’allais rencontrer juste quelques minutes plus tard. En haut des marches, je suis tombé en effet sur Elodie Petit et sur Peggy Pierrot, que j’ai immédiatement reconnue, car Alix m’en a beaucoup parlé : grande – paraissant encore plus grande à côté d’Elodie Petit qui porte et assume si bien son nom – noire, butch, puissance. Elle a été leur formatrice tutrice à l’Atelier des Horizons, ex Magasin-Cnac de Grenobles, pendant une année, en 2017, où elle animait un séminaire de réflexion sur les corps sous surveillance, les savoirs, la transmission, et les conditions et pratiques de l’action collective.  J’étais très heureux de la rencontrer, elle m’a dit aussi un truc du genre « ah oui enfin ! » Peggy Pierrot ne se définit ni comme chercheuse ni comme artiste, mais comme webmaster, activiste, journaliste, et plus généralement comme une travailleuse intellectuelle privilégiant le savoir situé et la réflexion sur la constitution du commun, proche des cyberféministes. D’évidence, son attachement aux logiciels libres (spip, linux) et aux médias alternatifs nous rapproche, même si mon identité de hacker est loin du hacking informatique, je suis du côté de toutes ciels qui inventent des chemins de traverse anti-institutionnels. Je devrais d’ailleurs transposer mon blog vers un logiciel libre. Avec Elodie on s’est rencontré.e.s dans un bar à Pigalle une nuit de 2015, où il y avait Dora Diamant aussi, je crois d’ailleurs que c’est elle qui organisait la party, on avait dansé tous et toutes ensemble. On avait eu une immédiate complicité queer un peu hétérophobe car un mec relou nous poursuivait de ses ardeurs. Je me suis vite intéressé à ses pratiques littéraires et performatives, bien que n’en ayant encore jamais vues, je me souviens aussi l’avoir revue dans les backstages de la Java, pour une Trou aux Biches, elle était perchée et tranquille comme un chat dans le renfoncement de deux portes, endroit où tout le monde s’installe dans les bakstages de la Java, elle m’a parlé cette nuit-là de son éloignement du monde de la nuit et puis on s’est revu.e.s en 2017 dans le parc de la Cité des Arts de Montmartre, où je piratais une expo du Palais de Tokyo accompagné d’Alix, et plus particulièrement l’atelier de Marie, mon amie Marie Losier, c’était un joli mois de mai, il faisait beau et ça avait tourné brusquement à l’orage, on avait regardé sous une pluie diluvienne Thug Roi de Pierre Gaignard, film documentaire fictionnel sur le rappeur Young Thug. Je me souviens aussi d’un soir à une Flash Cocotte au Cabaret Sauvage, où plusieurs personnes du magasin étaient réunies, dont Charlotte qui écrivait son journal attablée tranquillement dans un coin, et Pascale qui prenait des photos, dont une de moi où je ne suis vraiment pas à mon avantage, parce que vraiment trop défoncé. Elodie écrit et a créé les Editions douteuses, elle fait partie du collectif Q avec Claire Finch, que j’ai rencontrée dernièrement à la Station, lorsqu’avait lieu aussi une journée militante, à laquelle participait aussi Margot et et H.; elles tenaient un stand, où elles présentaient toutes les trois leurs publications, et H. y avait ajouté ses poings américains.

Margot a créé pour l’occasion un petit livre retraçant quelques traversées littéraires de « Les couteaux poétiques » joli titre de l’émission littéraire et militante qu’elle a montée il y a quelques mois à la Station. Titre hommage au travail de H., puisqu’elle fait régulièrement des sculptures-céramiques de couteaux, et aussi au texte-préface de Christiane Rochefort du Scum Manifesto de Solanas, dont j’ai déjà parlé dans mon blog il y a deux ou trois ans je crois, et qui influence H. et Margot, et d’ailleurs n’importe quelle personne un peu politisée qui tombe sur lui je crois.

A la radio avec la voix de H. j’écoute la voix de Christiane Rochefort « IL Y A UN MOMENT OU IL FAUT PRENDRE LES COUTEAUX  IL EST HORS DE QUESTION QUE L’OPPRESSEUR COMPRENNE DE LUI-MEME QU’IL OPPRIME QUAND L’OPPRIMÉ SE REND COMPTE DE ÇA IL SORT LES COUTEAUX LE COUTEAU EST LA SEULE FAÇON DE SE DÉFINIR COMME OPPRIMÉ LA SEULE COMMUNICATION AUDIBLE C’EST LE PREMIER PAS RÉEL HORS DU CERCLE Pour reprendre les mots de Margot Mourrier « Les couteaux poétiques propose d’aiguiser nos oreilles au fil de la lame verbale de textes fondateurs du féminisme et du transféminisme, de poèmes, de récits érotiques & aussi d’outils et de nouvelles pratiques de langues forgés par des auteur-es Trans-Pédés-Bies-Gouines-Queer-Intersex+. Émission mensuelle, Les couteaux poétiques propose une expérience radiophonique mélangeant lectures d’extraits entre M et un-e invité-e & sélection musicale réalisée par Recto Verso. »

J’ai donc rencontré pour la première fois Claire Finch, que j’ai revue à la fête anniversaire de Margot le samedi 13 avril, et dernièrement à la Mutinerie pour le Porn  festival organisé par Maïc Batmane à la Mutinerie où H. performait avec Leslie. Derrière Elodie et Peggy, j’ai aperçu immédiatement le stand d’Alix. J’arrivais un peu tard, plusieurs personnes étaient déjà parties et tout le monde rangeait, notamment Lucile Olympe Haute, qui m’a présenté sa nièce ou sa filleule et ce qu’elle présentait, le CyberWitches Manifesto, avec des extraits de Rosmarie Waldrop, Clef pour comprendre la langue de l’Amérique, 2013 (1994). Ses recherches plastiques et théoriques portent sur des formes hybrides de récit (texte, performance, installation et vidéo), sur le livre d’artiste et les éditions d’art, imprimées ou numériques, et sur le design des éditions scientifiques. Avant de rencontrer Alix, je ne connaissais vraiment pas beaucoup ce milieu de l’édition indépendante des fanzines, aussi pertinent politiquement que passionnant esthétiquement, et vice et versa. Il est lié à la littérature et à la création graphique, mais aussi au militantisme, c’est vraiment de la contre-culture, et avec cette pratique, Alix devient encore davantage mi hermana de lutte de hacker, car elle pirate à sa manière, en éditant des textes emblématiques de la lutte transféministe; textes le plus souvent déjà édités, pour lesquels elle invente une mise en page pour fabriquer des petits livres qu’elle vend ensuite à petit prix.

Par exemple le Scum Manifesto de Valérie Solanas, le Bitch Manifesto, TAZ de Hakim Bay, ou encore le Manifeste Cyborg de Donna Harraway. Devant le stand, il y avait Axelle, une étudiante en graphisme,  trans, en transition depuis quelques mois, ce dont on a rapidement parlé, et qui a participé à la marche-manifestation queer qu’iel.les ont organisé avec Thiphaine Kazi-Tani activiste penseure graphiste – à la dernière biennale du design de Saint-Etienne avec des étudiant.e.s de Bruxelles et de Tiphaine Kazi-Tani avec qui H. collabore souvent. Des étudiant.e.s ont créé Stefania, une ville futuriste, et comme Stefania a aussi un club, Alix y a refait sa performance Cy-Bitch, avec, à la clef une petite édition, dont la copine d’Axelle a fait des photos, j’ai d’ailleurs découvert que j’étais en photo dessus. Prise par Luc Bertrand à la Sation, c’est une photo qu’Alix a choisi de publier aussi dans l’édition de son texte, paru dans le dernier numéro de la revue « Comment s’en sortir », intitulé « Chienne » éditée par Elsa Dorlin.

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Axelle m’a prêté son chapeau et je me suis lancé dans un petit défilé dans les escaliers bleus, où les marches portaient des inscriptions sorcières qui brillaient dans le noir. On s’est beaucoup amusé.e.s.

Après, nous sommes resté.e.s boire des verres dehors à côté de la Gaîté, avec Peggy qui était crevée de sa journée d’intervention à la Gaîté, Axelle et d’autres militantes venues de Bruxelles. On a rapidement beaucoup parlé de la situation française d’extrême violence policière, de la criminalisation inquiétante des militant.e.s ou des simples citoyennes, d’antiracisme d’anticapitalisme d’antispécisme, tout s’entremêlait dans cette conversation et convergeait vers des problématiques intersectionnelles. J’ai été très intéressé par les positions de Peggy sur la place ambivalente des personnes racisées dans les dispositifs de contrôle, notamment sur la façon dont elles se laissent parfois instrumentaliser, ne conscientisant pas qu’elles jouent le rôle des dominants et pactisent avec l’ordre oppressif. J’ai pensé aussi que c’était encore une fois avant tout une question d’aliénation économique, car les prolétaires et les sous prolétaires bretons immigré.es à Paris, par exemple, devenaient vite des employés de service, des bonnes ou des prostitué.e.s, ou des policiers. C’est ce qui a conduit à parler des bretons comme des nègres blancs de la France, au sens du concept d’Aimée Césaire. On dit souvent que c’était un leitmotiv de l’extrême gauche en 68 que de souligner – paradigme inapplicable aujourd’hui pour la police française – mais que l’on peut déplacer ou appliquer pour penser le lien entre les métiers de service et les personnes racisé.e.s qui occupent quasi systématiquement les emplois de service. Est apparue une nouvelle fois qu’il était bien difficile de construire des fraternités et des sororités de manière catégorielle univoque, sans prendre en compte les relations de domination et d’aliénation qui conditionnent en creux nos inscriptions.

J’ai vu aussi Âme, une amie écologiste anticapitaliste, qui discutait à la table d’à côté, on a parlé du succès de l’importante action qui avait été menée la veille et qui avait été bien relayée par les médias. Jasmin est passé aussi vite fait, il avait l’air épuisé, en mode after d’after. C’était la soirée de Comme nous brûlons. Après, le projet était d’aller dîner dans le Marais, parce qu’on était déjà un peu saoules, et parce que comme ça on allait voir Elodie à la librairie « Les mots à la bouche », où elle travaille comme libraire. Elodie a conseillé des livres à Peggy, moi je me suis attardé sur Le manifeste des espèces compagnes de Donna Harraway que j’adore, en disant à Alix que j’avais pensé l’offrir à un ami qui joue beaucoup avec sa chienne. Elle m’a fait la surprise de le prendre, quand je ne regardais pas, pour que je le lui offre. Il y avait dans cette soirée une énergie amicale, affectueuse et combattive, un vent d’amour et de camaraderie grandissant soufflait, et il me semble que nous étions tous et toutes plus légères et heureux.ses qu’au début. N’est-ce pas ce que la sororité produit ?

On a fini par aller dîner en terrasse, où Alix nous a invité.e.s. Avec Peggy on a parlé des archives et de la mémoire, j’ai parlé d’Austerlitz de Sebald, où le narrateur, après une interminable errance mélancolique proche de la folie, arrive à la bibliothèque François Mitterand, et c’est l’occasion d’exhumer les fondations invisibles de ce bâtiment dédié à la mémoire et à la culture, car il est en fait bâti sur la négation d’une histoire tragique, celle de la déportation des juifs français pendant la seconde guerre mondiale et sous l’occupation nazie avec la complicité de l’Etat français. Au pied du pont d’Austerlitz, les allemands avaient installé avec la complicité de fonctionnaires et citoyens français collaborant avec les nazis, un immense centre de tri, où ils avaient l’ignominie de faire travailler des juifs, pour le tri des objets de ceux et celles qui étaient déjà déporté.e.s. On a divagué et enchaîné sur des considérations sur les logiques mémorielles, de Auschwitz à Hiroshima, en passant par le Rwanda, dont on a beaucoup parlé ces derniers temps. Installée en Belgique, Peggy a souligné que le traitement post colonial, la décolonisation et les relations avec l’Afrique, notamment avec le Congo, y sont bien différents qu’en France. On a pu ainsi revérifier le lien profond que l’Etat français a avec le déni : déni de sa violence et des injustices perpétrées à l’égard des minorités et d’autres peuples colonisés, et ce déni n’est pas innocent, il a pour première fonction et utilité de permettre la perpétuation de logiques d’exploitation et de domination servant les intérêts nationaux, au détriment des habitants des pays « occupés ». C’est ce que l’on appelle communément la politique néocoloniale. C’est cette même entreprise de déni et de criminalisation des victimes que l’on retrouve aujourd’hui avec les Gilets Jaunes et le déferlement d’une violence répressive sans précédent à l’égard des militant.e.s et des citoyen.n.e.s. La France est partout condamnée, et plus les condamnations sont officielles, plus la répression est démente.

Mais peut-être que ce qui nous lié et nous lie affectueusement tous et toutes, c’est moins la politique décoloniale qu’un élan hétérotopique où inventer des places pour soi et l’autre vivables, décentrées de l’anthropocentrisme de l’homme blanc, posture qu’incarne à merveille Va Toto de Pierre Creton, film qui nous a relié.e.s profondément. Ce jour, ce soir-là nous avons inventé ensemble une Zone d’Autonomie Temporaire, et étant données toutes les persécutions que j’ai subies ces derniers temps, et étant donnée la violence extrême qui règne désormais en France, cette TAZ était bienfaisante.

About des/orientation and myself, by Bastian Neuhoser

Grâce à un ange surgi Boulevard Barbès à vélo le dimanche 31 mars, alors que je rentrais d’une soirée compliquée à la Grande Halle de la Villette où je n’avais pas pu rentrer pour assister à la performance de H., j’ai rencontré Bastien. Ce soir là Eva a pilé net quand elle m’a croisé Boulevard Barbès, elle m’a hélé et dit avec un grand sourire qu’elle me connaissait, qu’elle aimait bien ce que je faisais, qu’elle me suivait et qu’elle avait un ami à Sciences Politiques qui voulait me rencontrer et écrire sur moi. Quand elle est reparti j’ai vu qu’elle avait sur le dos un immense SMILE. J’ai pensé que je venais de croiser un ange qui illuminait ma soirée.

Et puis j’ai rencontré Bastien lundi 22 avril à Vin en Vrac à Max Dormoy. On a longtemps discuté, c’était passionnant. Il participe à un séminaire sur la dimension politique de la performativité à Sciences Politiques et comme cette notion est au fondement de mon identité et de mes pratiques, nous avons eu beaucoup de choses à nous dire.

Voici le texte de son intervention en anglais.

« How to write institutionally about a person that rebukes institutions?

Is my role as a representant of a neoliberal academic institution an impossible one for a person that roots themselves in anarchism, solidarity and radical resistance?

In my eyes, academia is an institution that too often avoids scrutiny and intervention.

That is why I invited Cuco Cuca to ‘hack’ this article, subverse and modify it, cause dis-orientation, turn the voice of the researcher into a dialogue, research into performance.

 

 

 Sciences Po Paris

Performance Studies: The Political Dimension of Performance

 

Bastian Neuhauser

Paris, 24.04.2019

Cuco Cuca

Paris, 25.04.2019

 

 

“I choose and [don’t] ch[o]ose:

the beginning of my life was a blend of mystic and politic.

First a dream of bird (my name is cuckoo: a pirat bird), then a desire to be a genderfucker and hacker of art world. A taste for ‘non art’ in submissive ways of being.”

̶ Cuco Cuca (private email conversation, 15.04.2019)

 

The Pirate Bird

            – Viewing Cuco Cuca through Sarah Ahmed’s Conceptulization of Orientation

 

Cuco Cuca is a hacker, a genderfucker, a transbird, a pirate, a performer, a trans and queer activist. Cuco was visited by the dream of a cuckoo in October 2011 during the Fiesta de los Muertos in Mexico and took on this name and identity. Cuco is a queer attempt. Cuco’s face is a latex mask; it is not hidden behind one but constituted by. Cuco defies institutions, possesses neither identifying documents nor a job. Cuco was born in 2011. Cuco is a mutant. Cuco is Cuca and vice versa. Cuco is both fragile and transcendent, ailing and a superhero.

Is all of this absurd? Absurdity as a concept is at the very heart of Cuco’s existence. Merriam Webster defines ‘absurdity’ as “having no rational or orderly relationship to human life”, “lacking order or value” or “lacking sense”. As Sarah Ahmed has shown, the concept of sense both in the meaning of ‘direction’ as well as ‘signification’ can be semantically linked to the idea of ‘orientation’: absurd is what doesn’t offer a steady sense as means to orientate oneself. In the following essay I want to view Cuco’s Existence[1] through a perspective of Sarah Ahmed’s theories of orientation, dis-orientation and re-orientation. I begin by shedding light on how Cuco’s Existence can be seen as disorienting rather than disoriented. I will view their Existence vis à vis the public, (art) institutions and the state, and the respective reactions to this loss of order and sense. In a second step I will show the possibilities for political and affective re-orientations by different actors. Working with qualitative material, I will use a short email interview, conducted on 15.04.2019, a personal open-ended interview on 22.04.2019, Cuco’s personal blog[2], Cuco’s Instagram content[3] and private documents sent by Cuco.

In her work, Sarah Ahmed dissects the notion of orientation as a concept that allows us to behave towards certain objects. Orientation defines how we inhabit spatiality, but also “how we apprehend this world of shared inhabitance, as well as ‘who’ or ‘what’ we direct our energy and attention towards.” (Ahmed 2007: 3). Orientation serves as a way to navigate the physical and social world, which agency we have and how we position ourselves and others in space. We might only realize orientation in times when we are devoid of it, in times of disorder, confusion, ‘dis-orientation’:

“They are bodily experiences that throw the world up, or throw the body from its ground. Dis-orientation as a bodily feeling can be unsettling, and it can shatter one’s sense of confidence in the ground or one’s belief that the ground on which we reside can support the actions that make a life feel livable. Such a feeling of shattering, ECLATEMENT / BOULEVERSANT or of being shattered, might persist and become a crisis. “ (Ahmed 2007: 157)

Ahmed acknowledges the potentially devastating effects of dis-orientation. She conceptualizes dis-orientation as “the failure of an organization to hold things in place “ (Ahmed 2007: 158), a failure that must be eradicated through a re-grounding, the re-gaining of orientation through the re-institution of the structuring organization to avoid crisis. Figuratively speaking, the reaching hand must “find[s] something to steady an action” (Ahmed 2007: 157). If this cannot be accomplished the subjective consequences for the body might be drastic: “the hand might reach out and find nothing, and might grasp instead the indeterminacy of air. The body in losing its support might then be lost, undone, thrown.” (Ahmed 2007: 157)

We want to explore this notion along Cuco’s Existence, and I want to view three sites of dis-orientation: the body, institutions and the state. According to Cuco, the two most commonly asked questions by people they encounter is whether they are sweating in their clothes, and whether they are a man or a woman. While the first question seems rather inconspicuous, the second one points to an aspect of dis-orientation, an absurdity, a common un-intelligibility of their existence. Cuco “hates binary gender”: “Cuco is Cuco, they is neither male nor female” but a “variation of third gender, “a latex shemale” (Cuco Cuca 2011). Cuco thus subverts the hegemonic binary organizing structure of gender in the tradition of ‘genderfuck’. Judith Butler explains that gender “is an identity tenuously constituted in time-an identity instituted through a stylized repetition of acts.” (Butler 1988: 519). In Butler’s conception, gender can never act as a steadfast, substantial identity but is always a performative illusion created through the continuous bodily actions. Viewing gender as the repetition of these acts, rather than a monolithic seamless entity, allows us to the cracks, imperfections and discontinuities between these performative actions. There, subversive potential can be located “in the arbitrary relation between such acts, in the possibility of a different sort of repeating, in the breaking or subversive repetition of that style.” (Butler 1988: 520). Genderfuck hijacks these performative repetitions by bending, morphing or destroying these performative acts aiming at the “destabilizing of identity– instead of identity’s elaboration” (Glick 2000: 32). The structuring system of the binary gender system falls apart, rendering the cultural referential frame in which these performances are given (gendered) sense, causing mayhem, confusion and dis-orientation. Sarah Ahmed describes the response of bodies to these processes as potentially “defensive, as they reach out for support or as they search for a place to reground and reorientate their relation to the world.” (Ahmed 2007: 158). This defense, or try to re-orient one’s body, includes the explained inquiry over a person’s gender, or might take violent forms in case re-orientation could not be established by referring to non-binary identities. Inquiries over presumed essential ‘substance’ of gender – biological sex – serve as the ultimate grounds for re-orientation premising gender as an expressive and not performative act:

” C’est difficile à expliquer, (le fait d’être transbird) alors le plus souvent je me contente de dire transgenre, ce qui est déjà difficile à admettre pour beaucoup qui, lorsque je leur dis que je ne suis ni un garçon ni une fille, finissent parfois par me demander si j’ai une bite ou une chatte.” [4] (Cuco Cuca 2018b)

Through these acts, the “very notions of an essential sex, a true or abiding masculinity or femininity, are also constituted as part of the strategy by which the performative aspect of gender is concealed.” (Butler 1988: 528) Simultaneously, the nature of this ‘substance’ as inherently performative itself and born as the discontinuous enactments of gender

While the semantic link between sex and gender still offers a possibility to reground dis-orientation, Cuco explains that their identity as a transspecies bird engenders even more extreme reactions of dis-orientation: « Si je leur dis qu’en fait je suis un oiseau, ce serait pire. C’est pourquoi je ne ne le dis qu’aux âmes soeurs que je rencontre ici ou là, all around the world[5]. » (Cuco Cuca 2018b). In the end we are reminded that dis-orientation can be a “violent feeling, and a feeling that is affected by violence, or shaped by violence directed toward the body.” (Ahmed 2007. 160) While violence is only one single possible way to re-orient themselves, it is nevertheless a possible one, and a present ine.

Cuco’s Existence transcends the individual level and invites us to think about dis-orientation on the level of institutions and the state. The concept of ‘hacking’ is at the core of opening up that perspective and Cuco’s positioning vis à vis these actors. Hacking is constituted by a “certain relationship to a certain type of knowledge”: hackers autodidactically and practically learn from epistemic systems and .”teach themselves and one another because they are at the bleeding edge of knowledge about that system.” (Suiter 2013: 7) Hackers take over, subvert spaces and institutions and structures: “A hack is a practical joke, a playful subversion or gaming of a system” in order to “produce an unprecedented result.” (Suiter 2013: 8) Cuco hacks all kind of systems and structures – arguably their Existence could be read as a hacking in itself – with a focus on art institutions and the public space. In creating ‘unprecedented’ results, they subvert the dominant system of reference, disorienting its actors. Hacking the exhibition of Ryoji Ikeda in the Grande Halle de la Villette in December 2017, Cuco danced on a big graphic installation of the artists. Two visitors read Cuco as part of the exhibition, a digital hologram, taking pictures and only realizing their mistake when they came so close they could see Cuco breathing (Cuco Cuca 2018a). It is this sudden realization, change of perspective, switch of referential frameworks that is unsettling. Sarah Ahmed writes:

“Such moments when you ‘switch’ dimensions can be deeply disorientating. One moment does not follow another, as a sequence of spatial givens that unfolds as moments of time. They are moments in which you lose one perspective, but the ‘loss’ itself is not empty or waiting; it is an object, thick with presence.” (Ahmed 2007: 158)

The loss of perspective of central to the idea of hacking. It invites spectators to re-orientate, to reflect on what their reading of the environment is. By hacking art spaces, Cuco creates an uninvited presence in these institutions that forces visitors to question and re-think the institutionalized, exclusionary and neoliberalized spaces they are part of. However, where does the hacking end? It might just not:

“Avec l’Etat d’urgence, les lois sécuritaires et l’existence de cette loi de 2010 qui interdit de cacher ou de masquer le visage dans l’espace public, je ne peux exister : Toutes mes actions, mon existence toute entière, sont devenues un perpétuel hacking.” [6] (Cuco Cuca 2018a)

The French state has put forward a unique set of legislative tools to forbid its dis-orientation and give supreme to its ability to interpellate and identify its citizens in the public space – or be able to reach out to them, be oriented towards them. The mentioned Law of 2010[7] forbids the partial or total concealment of peoples’ faces in the public space a including headgear, helmets, balaclavas, niqābs and burqas for reasons of security. The law has been described as having a specifically Islamophobic underpinning and was challenged at several international courts to no avail (Berghahn 2013: 163). The situation was further exacerbated by the ‘Loi anti-casseur’of 2019[8] introducing fines of up to 15.000€ or imprisonment for people who totally or partially veil their faces within or in immediate vicinity of protests. Cuco being read by the state and its agents as a person concealing their face – ignorant of the fact that this mask constitutes Cuco’s face – explicates the contemporary dis-orientation and confusion of the modern nation state. The continuous questioning and ‘shattering’ of the tools nation state such as political constructs like citizenship, the nation or national borders, have indeed become a ‘crisis of dis-orientation’ (Ahmed 2007). The state is engulfed in constant “failed orientations” (Ahmed 2007: 160); public space is being turned into a space in crisis that has to be reoriented, and thus cleared of bodies that are unintelligible, unreferential, “’point’ somewhere else” or “make what is ‘here’ become strange.” (Ahmed 2007: 160). In the discourse of security, the un-readability, the disorienting moment of citizens becomes a source of danger. Cuco’s Existence is thus rendered not only rendered ‘impossible’ but actively dangerous and becomes a prime and highly visible bodily target, a scapegoat, for a discursive re-orientation of a political entity in confusion: “we learn that dis-orientation is unevenly distributed: some bodies more than others have their involvement in the world called into crisis.” (Ahmed 2007: 159). These discursive practices are eventually taken over by society as a whole:

”En allant chercher une bouteille d’eau Place de La République, un homme m’a dit d’un ton docte et paternaliste : « Vous savez que c’est interdit en France ? » « Vous n’avez pas le droit d’être comme ça dans la rue ». L’esprit sécuritaire et l’idéologie hygiéniste a gangréné peu à peu l’ensemble de la société.”[9] (Cuco Cuca 2019)

However, it would be reductive to think about dis-orientation as a destructive force or a mere loss. I want to take these ideas of dis- and re-orientation to see where they can lead us, which new configurations they can give rise to. Sarah Ahmed states:

“But ‘getting lost’ still takes us somewhere; and being lost is a way of inhabiting space by registering what is not familiar: being lost can in its turn become a familiar feeling. Familiarity is shaped by the ‘feel’ of space or by how spaces ‘impress’ upon bodies.” (Ahmed 2007: 7)

Losing one’s orientation is thus not only a process of tearing down but equally of re-construction, or the building of a new familiar space. Actors and entities react differently to dis-orientation and the reaction and indeed, “the forms of politics that proceed from dis-orientation can be conservative” (Ahmed 2007: 158). But Cuco shows us how a variety of spaces have shown to be able to participate in this process and develop a productive response from their uprooting. Cuco’s blog is full of tales of support, inspiration, thankfulness and reconnaissance in queer spaces (ex. Cuco Cuca 2016). Queer spaces seem to offer a context of the familiarization of dis-orientation. And indeed, as Sarah Ahmed argues extensively, is queerness able to divert the ‘straightness’ of normalized sexual orientation, and is thus at the very heart of the experience of dis-orientation, both embracing this state of affairs (Ahmed 2007). Emancipatory political spaces can equally serve as an example for a positive re-evaluation of dis-orientation. In March 2019, Cuco hacked a march for Palestinian liberation, covering their face with a Palestinian scarf (kuffieh). In this space, Cuco’s Existence became all of a sudden ‘familiar’ and was turned into the celebration by a space eager which turned out eager re-orient itself:

« Lors de cette marche, il n’y a pas eu d’incident. J’ai porté l’immense drapeau avec des femmes et des hommes hyper investis. Aucun ne m’a maltraité ni mal parlé. Au contraire, iels m’ont accueilli joyeusement, et parfois avec de très vifs remerciements. […] Je ne m’attendais pas à un tel accueil de la part des personnes dans la rue. » (Cuco Cuca 2019)

Being dressed in a kuffieh, signifying Palestinian solidarity, the political space of the demonstration accepted Cuco in its midst. I might argue that the dis-orientation of the Palestinian diaspora, marked by racism, islamophobia, exclusion and marginalization, converged with the dis-orientation attributed to Cuco. Solidarity might have been found in this common experience of being in-between, being the target of oppressive re-orientation, both the source and inhabitant of the “’becoming oblique’ of the world, a becoming that is at once interior and exterior” (Ahmed 2007: 162). Cuco’s status as being read as disorienting might be the very reason, they can be integrated in such a political space: dis-orientation isn’t read as a threat, a wrong that has to be corrected, but a shared experience that transcends individual identities.

Drawing this article to an end, I want to mention that emotions have a central role in creating these moments of support and embracing, a process Ahmed coined “affective forms of reorientation” (Ahmed 2014: 8). In a remarkable story Cuco shared with me, they described how they are usually not able to enter the Centre Georges Pompidou due to the aforementioned legal provisions. One time, as they sneaked in to attend a film screening, they were halted by a guard on the last meters insisting they had to leave. Cuco broke out in tears, and then, the guard let them enter. The story is remarkable in the sense that the emotionality of the situation made the guard change her strategy to deal with her dis-orientation. As an agent of the state her purpose was to halt Cuco and reinstate the discursive public order. However, the agent was able to find another way out of dis-orientation: one that made her forget her purpose as an agent of the state and thus, construct an alternative future:

“We can also lose our direction in the sense that we lose our aim or purpose: dis-orientation is a way of describing the feelings that gather when we lose our sense of who it is that we are. Such losses can be converted into the joy of a future that has been opened up.“ (Ahmed 2007: 20)

 

 

Publication bibliography

Ahmed, Sara (2007): Queer phenomenology. Orientations, objects, others. 2. printing. Durham: Duke University Press.

Ahmed, Sara (2014): The cultural politics of emotion. Second edition. Edinburgh: Edinburgh University Press.

Berghahn, Sabine (2013): In the name of laïcité and neutrality. Prohibitive regulations of the veil in France, Germany and Turkey. In Sieglinde Rosenberger, Birgit Sauer (Eds.): Politics, religion and gender. Framing and regulating the veil. First issued in paperback. London: Routledge (Routledge studies in religion and politics), pp. 150–168.

Butler, Judith (1988): Performative Acts and Gender Constitution. An Essay in Phenomenology and Feminist Theory. In Theatre Journal 40 (4), pp. 519–531. DOI: 10.2307/3207893.

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Cuco Cuca (2018a): Devenir un hologramme. Available online at https://cucoandcuca.com/2018/01/13/devenir-un-hologramme/, updated on 1/13/2018, checked on 4/24/2019.

Cuco Cuca (2018b): La langue des oiseaux. Available online at https://cucoandcuca.com/2018/03/26/la-plainte-des-oiseaux/, updated on 3/26/2018, checked on 4/23/2018.

Cuco Cuca (2019): Rebirth ! Plus fort que moi, je sors ce soir. Available online at https://cucoandcuca.com/2019/04/04/a-propos-de-la-violence-legitime-ou-de-la-tres-legale-violence-detat-et-des-violences-illegales/, updated on 4/4/2019, checked on 4/24/2019.

Glick, Elisa (2000): Sex Positive. Feminism, Queer Theory, and the Politics of Transgression. In Feminist Review (64), pp. 19–45.

Suiter, Tad (2013): Why “Hacking”? In Daniel J. Cohen, Tom Scheinfeldt (Eds.): Hacking the Academy: University of Michigan Press, pp. 6–10.

 

[1] Existence is spelled with a capital ‘E’ to signify the totality of the performative acts of Cuco, which do not represent performance ‘art’ and form a multitude of interrelated levels of meaning. Cuco states: « It helps me first cause It’s behind art, it’s just a way of being of thinking of loving of inventing news kinds ways of being and thinking and feeling. It’s a vital process of transmutation and creative desidentification.” (private email conversation, 15.04.2019)

[2] Available online at: https://cucoandcuca.com/

[3] Available online at: https://www.instagram.com/cuco.cuca/?hl=en

[4] Translation, (about the fact of being a transbird) »: “It is difficult to explain, so most of the times I suffice to say transgender, which is already hard to admit for many who, when I tell them that I am neither boy nor girl, eventually ask me if I have a dick or a pussy.”

[5] Translation : « If I actually tell them that I am a bird, it would be even worse. That’s why I only tell that to the soulmates I meet here and there and around the world.”

[6] Translation: «With the State of Emergency, the security legislation and the existence of the Law of 2010 that forbids the hiding or masking of the face in public, I can not exist. All of my actions, my entire existence, have become a perpetual hacking”

[7] LOI no 2010-1192: Loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Available online at : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022911670&categorieLien=id

[8] Loi no 2019-290 : Garantir le maintien de l’ordre public lors des manifestations. Available online at: https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000038358582&dateTexte=&categorieLien=id

[9] Translation: “Getting a bottle of water at Place de la République, a man told me in a knowing and paternalistic tone: “You know that this is forbidden in France?” “You have no right to be like this in the street”. The mindset of security and hygienical ideology has corroded society”.”

O fantasma

Dimanche 7 avril, j’avais rdv avec mon amie Marie pour aller voir un film d’Albert Maysles sur les hôpitaux psychiatriques en Russie au Centre Pompidou. Elle m’avait dit que c’était un cinéaste qui comptait beaucoup pour elle et son cinéma,  autant que Jonas Mekas que j’aime beaucoup, mais comme Maysles je ne le connaissais pas, ça m’a motivé pour dépasser mes craintes et considérer que ce serait peut-être le calme dominical après la fureur jaune du samedi. Je suis arrivé en avance, et en chemin, dans le métro, j’ai eu soudainement le désir d’aller pirater la fontaine de Niky de Saint Phalle, j’ai pensé que je pourrais peut-être même marcher dans l’eau. Quand je suis arrivé devant, je n’avais pas besoin de me demander comment entrer dans l’eau, car elle était vide, et je n’ai pas longtemps hésiter à aller me promener dedans. J’y ai vu un signe heureux. C’était comme fait exprès pour moi !

J’ai déambulé un certain temps, puis j’ai élu la sculpture qui me semblait la plus proche de mon univers. Vraisemblablement inspiré par ma présence, un homme est entré à son tour dans la fontaine vide avec son petit garçon qui était plus intéressé par moi que par les sculptures, ce qui agaçait son père qui faisait tout pour ne jamais croiser mon regard; J’ai eu à peine le temps de prendre une photo et d’aller chercher de l’eau, mon piratage s’est arrêté tout net avec l’intervention ultra agressive de la bac. Alors que j’étais assis sur le rebord du bassin, deux hommes sont arrivés me montrant leur carte professionnelle et me rappelant la loi qui stipule que nul ne peut être, ou avoir ?, dans l’espace public le « visage » dissimulé. Avec ironie et agressivité, il m’a dit que je ne devais pas l’ignorer, puis a ajouté d’un ton goguenard « Vous êtes quand même au courant qu’il y a eu des attentats en France et un plan Vigipirate ensuite ? » Oui oui. Alors vous enlevez ça. J’ai dit que je ne l’enlevais jamais car c’était mon visage et j’ai précisé aussi que j’étais au courant, mais que moi ça n’avait rien à voir. J’ai commencé à expliquer qui j’étais et ce que je faisais – en évitant bien sûr de révéler ma vraie identité de pirate et de hacker sous peine d’être arrêté de suite – et c’est là qu’il s’est énervé. Il m’a d’ailleurs dit que là je commençais à l’énerver, et que si je continuais on allait aller régler cela au poste. Il m’a aussi demandé d’un ton menaçant si je savais que c’était une oeuvre de la mairie de Paris, comme si cela devait me faire peur. Il m’a alors reformulé l’enjeu de son intervention, et bizarrement il a alors élargi le cercle des possibilités : J’avais soudain deux options, soit j’enlevais cette « cagoule » (mon visage donc) tout de suite, soit je rentrais chez moi.J’ai dit que je rentrais chez moi, mais évidemment ce n’est pas ce que j’ai fait.

IMG_20190407_162313J’ai fait un grand tour pour rejoindre le Centre Pompidou, et comme d’habitude j’ai emprunté mon passage secret pour entrer dans le Centre et contourner le service sécurité qui est avec moi INTRAITABLE. Arrivé dedans, ni vu ni connu je suis descendu à la salle de cinéma. Installé confortablement dans un fauteuil, je goûtais à la quiétude de la normalité, au sentiment heureux  d’avoir du répit et même je m’enorgueillissais d’avoir du talent pour échapper aux persécutions, je soufflais et je jubilais, mais c’était trop tôt pour le faire, car soudain une tête est apparue dans mon champs de vision qui me scrutait, un pompier ! Pompier qui me demandait ce que je faisais là et qui a alors entrepris de m’expliquer les règles de sécurité qui interdisent d’être dans un espace public le visage couvert. Là encore, j’ai expliqué que moi ce n’était pas pareil, il m’a dit qu’il comprenait, mais qu’il était obligé d’appeler sa supérieure, la chef sécurité, qui bizarrement est arrivée juste 5 minutes après, comme si ses fonctions sécuritaires de chef lui conféraient des dons extraordinaires de téléportation.Pourtant, j’étais déjà venu dans ce même cinéma pour voir Los diablos Azulez, le film de Charlotte Bayer Boch; c’était en décembre 2016, et ce jour là, il y avait encore un lien indirect avec Marie, car elle présentait le lendemain un des films de son ami Joao Pedro Rodrigues, qui invitait le film de Charlotte, et lorsqu’il m’a vu dans la salle à l’occasion de la projection de Los diablos azules, il a dit ensuite à Marie qu’il était très touché et impressionné qu’une personne comme dans son film O Fantasma existe dans la « vraie vie », ou que le personnage de son film existe. Car son personnage est lui aussi tout en latex, mais noir, et comme moi se promène ainsi dans le monde. La première personne à m’avoir parlé de ce film, c’est Aifol Aster, c’était en 2012, quand nous buvions du jagermeister assis sur les marches devant la bibliothèque François Mitterand. J’ai regardé l’extrait vidéo qu’elle m’a envoyé, et je me souviens avoir été saisi et même érotiquement catché par l’érotisme gay et sauvage des séquences. Plus tard, j’ai acheté à Lisbonne une anthologie du cinéma queer et je suis tombé sur une photo de lui. Quand je l’ai finalement vu, j’ai aimé le film, mais je n’ai pas du tout aimé l’association, car ce personnage est une sorte de violeur, qui entre par effraction dans une maison.https://youtu.be/OfZ59XqIt8A

Pour revenir à la chef sécu de Beaubourg, elle m’a parlé avec autorité et fermeté. Elle était grande, blonde et autoritaire, elle m’a ordonné de me lever et de la suivre et m’a dit que nous n’allions pas parler ici. Calme et déterminée, elle semblait assurée de parvenir à ses fins sans créer d’esclandre, c’était assez cohérent avec le film que j’allais voir sur les hôpitaux psychiatriques, car elle avait l’assurance tranquille des gens d’autorité qui incarnent la normalité et la loi face aux fous. Elle agissait vraiment très calmement. Elle m’a ainsi entraîné en dehors de la salle avec douceur, j’aurais dû refuser et attendre qu’on m’évacue, mais après je n’aurais plus jamais pu entrer dans Beaubourg, alors que là, je me réserve encore de beaux hackings devant moi. Je ne sais pas pourquoi mais j’étais soudain triste et fatigué, et quand elle m’a expliqué que j’allais devoir sortir du Centre, je me suis mis à pleurer. Des larmes coulaient sur mes joues, je ne disais plus rien, et ma tristesse d’enfant qui ne proteste plus l’a agacé, et elle s’est mise à se justifier encore davantage, je ne répondais plus rien, j’ai juste demandé à rerentrer dans la salle pour voir Marie, qui était elle aussi toute triste d’apprendre que je ne pourrais pas venir, et surtout de me voir pleurer. La chef de la sécu lui a dit qu’il fallait la comprendre, que la loi était la même pour tous, et qu’on ferait pareil à sa place. Marie a alors répondu que non elle ne ferait pas pareil. La chef sécu ne savait pas qui était Marie, elle ne savait pas qu’elle parlait à l’amie des transgenres, à la défenseuse de tous les excentriques du monde, ni qu’elle a magnifié Genesis P Porridge et Cassandro le catcheur gay, parce que sûrement cette chef de la sécurité ne connaît ni Genesis ni Cassandro. La chef de la sécurité était loin de nous, excédée, elle s’est tourné vers moi pour me dire d’arrêter de pleurer, que ce n’était pas grave, qu’il y avait bien plus grave dans la vie, oui, des gens mouraient dans le monde. Marie a alors ajouté avec sa petite voix douce : elle peut pas entrer juste pour une heure ? C’est juste une projection de film !  C’est à ce moment où je ne m’attendais plus à un renversement heureux que la chef de la sécurité a faibli.

Bastien, adorable étudiant queer à Sciences Politiques de Paris que je viens de rencontrer, car il voulait écrire sur les liens entre performativité, ma pratique et mon identité de hacker, a écrit entretemps et a développé un passage très intéressant dans son texte à partir du récit de cet événement des larmes et de la chef de sécurité, en analysant comment l’émotion a créé de la désorientation positive et a conduit à re-conscientiser cet agent qui autrement obéit bêtement aux injonctions idiotes de la loi sécuritaire, sans jamais déroger. Mes larmes et la douceur de Marie l’ont rendu à son humanité, et c’est ainsi que j’ai pu voir le film. Après, j’ai filé rejoindre Alix aka H. et Leslie Barbara Butch à Belleville, car elles reprenaient ce soir-là leur performance à la Java. Alix était attablée à l’intérieur du bar Le Zorba et m’a hélé lorsqu’elle m’a vu passer sur le trottoir. Je me suis installé avec elles deux; Leslie était préoccupée par son tournage car Mathieu Foucher, co-organisateur de la revue Friction et de la soirée qui allait commencer, écrit aussi dans Vice, et a décidé de faire un portrait de Leslie. Quand je suis descendu aux toilettes, j’ai croisé dans l’escalier le chanteur Mohamed Lamouri, le chanteur aveugle de la ligne 2, qui, lorsqu’il chante, laisse tout le monde médusé autour de lui, c’était un peu magique de le croiser là, et mon coeur s’est réchauffé avec toutes les émotions de la journée, la petite mélodie de Mohamed, avec en fond les toits de Paris qui défilent en même temps parce qu’il chante toujours dans le métro aérien, est arrivée et a envahi tout le Zorba.

Au programme à la Java, la projection du film Mutantes de Despentes, puis la performance Bash back  que Leslie Barbara Butch et Alix aka H. (aka Hélène Mourrier ana my love) présentent depuis deux mois, en particulier dans les soirées LGBTQI. C’est une déclinaison de la performance Cy-Bitch qu’a écrite H. l’année dernière au Confort Moderne à Poitiers et dont le texte est paru en février cette année dans la revue « Comment s’en sortir ? » animée notamment par Elsa Dorlin, et consacrée cette fois-ci au thème de la Chienne, non dans sa dimension antispéciste,  mais entendue ici au sens de bitch justement. H. entremêle son écriture à celle du Scum Manifesto de Valérie Solanas et du Bitch Manifesto de Joran.

Leur co-présence sur scène était saisissante, et dans cet espace à l’ambiance déjà un peu surchauffée par la projection de Mutantes, la performance était très forte. Elles avaient décidé que Leslie commençait seule sur scène et qu’Alix se fraierait un chemin dans la foule en s’avançant lentement du fond vers elle. Avant, dans les backstages, j’ai eu l’émotion et le privilège d’assister à leur très beau rituel, où Alix écrit sur le corps de Leslie, qui arbore fièrement ces inscriptions comme des étendard sur scène, comme on peut le voir dans le beau portrait qu’à pris d’elle Gaëlle Matata, photographe qui fait elle aussi partie de la revue Friction. J’ai repensé à toutes les soirées passées ici, aux croisements avec Pepi et Niz Denox et Jérémie Boulanger dans les backstages. Et puis Maïc Batmane a pris la suite de Leslie derrière les machines. On était tous heureux.se.s de se re-voir, car le dimanche d’avant je n’avais justement pas pu voir la performance « CY-Bitch de H. qu’elle montrait à la Grande Halle de la Villette. Dans les backstages, j’ai repensé à tous les beaux moments passés ici, à toutes les Trous aux biches, à Pepi, à Niz  Denox à Esmé à une des dernières fois où j’étais avec Léonie Pernet et Rebekka Warrior. Mathieu était très gentil, j’ai fini la soirée à danser un peu doucement sur le dancefloor avec Gabriel. J’étais fatigué de la folle soirée de la veille à la Station où on a dansé comme des dingues jusque l’aube, avec des inconnu.e.s dont un lillois Arnaud adorable qui organise une fête gay et queer et qui veut qu’on vienne, il allait prendre son train directement en sortant le matin.

J’ai filmé un bout de la performance que je vais bientôt mettre en ligne.

Et last but not least, voici le mix de Leslie, avec l’arrangement d’idir et la voix de H. https://soundcloud.com/lesliebarbarabutchzak/bash-back-cy-bitch-idr-barbara-butch-edit-mange_moi?utm_source=soundcloud&utm_campaign=share&utm_medium=facebook&fbclid=IwAR3iPjNuSWEgzSPaqcPsow-GmiYiA4qwPTrCSN6Fes-ad3TKGgXT32uBH0E

 

 

Rebirth ! Plus fort que moi, je sors ce soir

Samedi 30 mars, jour de manifestation des Gilets Jaunes auquel il m’arrive de me rendre, mais de moins en moins à cause de l’intensification terrifiante des violences policières, j’ai participé à la manifestation commémorative de la Grande Marche du retour des palestiniens, qui s’était soldée en 2018 par des massacres perpétrés par l’armée Israélienne. Contrairement à la plupart des Manifestations des Gilets Jaunes, celle-ci, tout comme celle du Climat, était autorisée; ce qui signifie que je pouvais m’y rendre plus tranquillement qu’à d’autres. Même si j’étais un peu inquiet dans le métro et dans les rues, j’avais l’impression qu’une fois arrivé, il ne m’arriverait rien de terrible.

Place de la République, les militant.e.s avaient organisé une véritable mise en scène de la terreur israélienne. D’autres s’étaient mis dans la peau de soldats israéliens qui braquaient leur arme en carton en direction des manifestants, c’est à dire moi-même.

Par solidarité, ce jour- là j’ai décidé de couvrir mon visage d’un Keffieh. Par solidarité et aussi par goût du hacking et du happening.  Mon visage pose légalement problème en France depuis 2010, mais davantage encore depuis quelques mois, où l’on assiste à une gigantesque et terrifiante répression étatique qui emprunte toutes sortes de vieilles mais aussi de nouvelles stratégies. Nous vivons depuis les attentats de 2015, et surtout depuis l’apparition du mouvement des Gilets Jaunes et de l’adoption de la loi anti-casseurs, dans un Etat liberticide, et c’est dans ce contexte que mon visage, de trans et/ou de hacker est désormais de moins en moins perçu comme tel par les agents de l’ordre et les fonctionnaires des institutions publiques de la République Française, et de plus en plus simplement et uniquement comme un masque qui dissimule mon « vrai » visage « bio ». Et comment expliquer à toutes ces personnes si sûres d’elles même qu’un masque est un visage ? Un visage qui résulte d’une opération de transmutation d’un visage et d’un corps biologique qui devient alors le contenant et le refuge d’une altérité, humaine & non humain.e…. Ni la réflexion sur l’actorialité ni la queerisation des moeurs n’ont encore atteint toutes les sphères de la société, et plus ça se durcit en terme sécuritaire, moins les esprits sont ouverts à cette pensée de la transmutation, à la fantaisie et aux cas limites. En allant chercher une bouteille d’eau Place de La République, un homme m’a dit d’un ton docte et paternaliste : « Vous savez que c’est interdit en France ? » « Vous n’avez pas le droit d’être comme ça dans la rue ». L’esprit sécuritaire et l’idéologie hygiéniste ont gangréné peu à peu l’ensemble de la société.

Recouvrir mon visage de latex d’un keffieh c’était donc à la fois soutenir les palestiniens et toutes les musulmanes voilées persécutées par le laïcisme à la française et me soutenir moi-même dans mon existence niée par cette même stupidité légale. Avec les militant.e.s pro palestinien.ne.s je me suis redonné, en le dissimulant, ce visage que l’on veut m’enlever.

Cela faisait longtemps que je voulais le faire, j’attendais simplement le jour opportun. Je mesurais le risque que les personnes concernées, les militant.es, ne comprennent pas mon geste ni mon identité, et qu’elles se sentent même froissées. Il est rare que je conçoive un hacking légèrement, sans me soucier de la cause et des personnes que je rejoins et que je peux éventuellement blesser. Ce qui m’a motivé, c’est l’importance de cette commémoration, car depuis le 30 mars 2018, la bande de Gaza a connu une augmentation du nombre de victimes palestiniennes dans le cadre de manifestations de masse et d’autres actions organisées le long de la clôture de séparation avec Israël [Palestine de 1948] : 254 Palestiniens ont été assassinés à Gaza entre le 30 mars et le 31 décembre, dont 180 qui ont été abattus lors des manifestations du mois de mars.

Lors de cette marche, il n’y a pas eu d’incident. J’ai porté l’immense drapeau avec des femmes et des hommes hyper investi.e.s. Aucun ne m’a maltraité ni mal parlé, au contraire,  iels m’ont accueilli joyeusement, et parfois avec de très vifs remerciements. La marche a tardé à commencer, les prises de parole étaient longues, intenses, et très argumentées.

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J’étais en queue de cortège, tenant et tirant cet immense drapeau palestinien avec huit autres personnes, drapeau que nous devions régulièrement secouer pour qu’avec l’air il se gonfle comme une voile de bateau, puis la marche a commencé, et tout au long des grands boulevards, des groupes s’approchaient et reprenaient les slogans. Je ne m’attendais pas à un tel accueil de la part des personnes dans la rue.

Le soir, je suis allé à la Machine du Moulin Rouge pour une soirée qui réunissait la Angst et la Cocotte dans une seule et même soirée.  C’était un plaisir de retrouver Sylvain, avec lequel j’avais discuté quelques jours auparavant d’un projet de film sur le monde que dans le cadre d’une production de Spleen Factory. Luc Bertrand nous a d’ailleurs immortalisé.

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C’était joyeux de retrouver Richard en très grande forme, et puis aussi  un peu plus tard Brahim, Julian et Marin, devenus depuis peu des amoureux. Je suis allé faire une bise à Pepi quand il mixait dans la grande Salle, ça m’avait manqué, puis je suis allé m’assoir en haut pour regarder le dancefloor comme je fais depuis toujours à la Machine. Chill Okubo a pris un jour une belle photo de moi alors que j’étais installé comme d’habitude là-haut pour regarder en bas,et j’y pense souvent car elle traduit exactement l’émotion que je ressens lorsque je suis installé ; I Feel secure tout seul là-haut à regarder les ami.e.s sur le dancefloor. Inside Outside.

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Sur le mix de Solaris, puis plus tard sur celui de Louisahh, on a toutes dansé.e.s comme des folles. Une de nos battles a été immortalisé par Luc Bertrand. Je me mesure à Marin, tandis que derrière Julian, Alix et Brahim semblent peser un poids plume.

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Au moment de partir, on a croisé le bo KevinBo qui arrivait, elle avait fait l’après-midi une performance à Main d’Oeuvre, j’avais tellement envie de la voir, mais à cause de la manifestation ce n’était pas possible. Iel avait illuminé notre soirée à Berlin l’été dernier en nous accueillant merveilleusement et en faisant la folle à l’entrée, mais aussi plus tard sur le dancefloor. Je me rappelle aussi de sa délicatesse, lorsqu’iel me remettait doucement et avec agilité une petite mèche de cheveux qui tombait sur mes yeux. Il n’y a qu’Alix pour faire cela habituellement. On avait terminé  la soirée à danser dehors toutes ensemble dans le dancefloor jardin parce que Kevin nous avait tiré.e.s dehors pour écouter le mix de son amie. Samedi soir, elle portait des dreadlocks blanches très longues qui contrastaient avec la noirceur de la peau de son crâne en partie rasé. Elle était belle et c’était la folle joie de se revoir, on est tombées dans les bras les unes des autres. L’été dernier à Berlin, nous avions fait un long bout de chemin ensemble après le club, et par terre on s’était arrêté.e.s, car il y avait un petit bracelet, elle me l’a mis autour du poignet, je l’ai gardé en souvenir de cette soirée magique, et puis après, je crois que j’étais trop défoncé pour me concentrer sur la conversation qu’elles avaient toutes les deux, je marchais derrière, c’était à mon tour d’avoir un peu mal au ventre, je me souviens qu’elles parlaient du monde de la nuit berlinois et d’une forme de stigmatisation raciale qui existait très fort dans la ville. Kevin insistait beaucoup là-dessus. C’est vrai que Berlin est une ville blanche. Gay et queer mais très blanche. Kewinbo aime à se définir comme Door bitch et c’est une véritable bitch community que nous formons toutes.

Le lendemain soir, je me suis rendu à la Grande Halle de la Villette pour assister à la performance « Cy-Bitch » de Alix / aka H. aka Hélène Mourrier / Performance que je n’avais pas encore vue, dont je connais et aime beaucoup le texte, qu’elle a intitulé « Le devenir chienne cyborg » que l’on peut trouver dans le dernier numéro de la revue « Comment s’en sortir »en ligne sur le WEB, revue  animée par Elsa Dorlin, dont le thème est « Chienne ».

Alix avait anticipé le barrage du Plan Vigipirate en demandant aux organisatrices des performances pour 100%; nous étions donc tranquilisé.e.s quant à la possibilité que je puisse entrer et assister à cette performance. Mais peu de temps avant que je n’arrive elle m’a prévenu affolée et attristée que la réponse était négative, à la grande surprise des organisatrices elles-même. Je suis venu quand même, avec l’habitude de tenir bon, d’inventer des pirouettes et de faire céder les barrages à force d’arguties ou de tours de passe passe. Mais arrivé devant l’entrée de la Grande Halle, un groupe d’agents de sécurité était posté à l’intérieur juste devant l’entrée et m’attendait pour m’annoncer que je ne pourrais pas rentrer. Ils sont restés cordiaux pour parler tous d’une seule et même voix : ils n’avaient rien contre moi et ils ne faisaient qu’appliquer la loi et le plan Vigipirate, qui, comme je devais sûrement le savoir, interdit le visage dissimulé dans l’espace public. Un des gardiens a alors exemplifié a loi : capuches, burqa, masque, tout ça c’est pareil; c’est interdit. J’ai encore essayé de faire bouger les choses en demandant de parler à leurs supérieurs hiérarchiques. Ils m’ont dit qu’il fallait que j’aille au PC Sécurité. Un autre a dit pas la peine je les appelle. Ils avaient en fait déjà la réponse : Quelques minutes après ils m’ont dit de nouveau non. A côté d’eux, l’organisatrice, Alix et Margot et Maïc Batmane étaient toutes désolées et tristes. H. devait aller faire sa performance, Margot m’a proposé de m’accompagner à la Folie où avait lieu le Dragbingo qu’Audrey SaintPé organise tous les dimanches. Au lieu de me mettre à hurler, comme lorsque l’on ne m’avait pas laissé entrer au Berghain, j’ai dit que je les attendais là-bas. Sur le chemin j’ai croisé Mathieu Foucher et son chéri Gabriel qui venaient voir la performance,  ils attachaient leur vélo. Je leur ai expliqué que moi je ne pouvais pas rentrer, ils étaient étonné, Mathieu pas tant que ça, parce que  depuis plusieurs mois nous discutons régulièrement des inquiétantes avancées liberticides et de la façon dont je parviens à résister et à exister malgré tout, et il passe d’ailleurs surtout son temps à écrire sur toutes les manières  qu’ont les groupes militants d’inventer des formes de résistance. S’il y avait un nom de journaliste queer à donner je dirais Mathieu Foucher les yeux fermés. Je me suis fait d’ailleurs décrire comme un aveugle la performance de H. et Margot m’a envoyé une photo qui résume non le contenu ni la puissance de trouble, mais l’esthétique de la scénographie. Au sol, Alix a dessiné une sorte de pentacle tracé au scotch blanc, j’imagine le texte en voix off, puis H. étirant le cou pour se détacher de ce collier que je connais bien puisqu’il vient de la Kaos et qu’il appartenait à notre copine. J’imagine aussi le moment où enfin détachée, elle danse à fond sur de la techno jusqu’à atteindre une forme d’épuisement.

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Arrivé à la Folie, Rémi puis Audrey, m’ont comme toujours adorablement accueilli, avec Audrey on a parlé en buvant un verre, le lieu était plein à craquer, l’ambiance survoltée, tout cela m’a réconforté, puis je l’ai suivie quand elle a mixé, et j’ai croisé Tony Regazzoni avec lequel j’ai discuté de son installation / exposition à Montpellier organisée par Glass Box. J’avais vu un petit reportage sur Arte où j’avais retenu une phrase où il disait qu’il s’était toujours intéressé aux boîtes de nuit et aux fêtes « comme le dernier lieu de rituel de l’homo Sapiens. » C’est d’ailleurs en tentant de re-citer cette phrase avec lui que j’ai entendu homo dans « homo sapiens » et me suis demandé s’il employait délibérément ce terme savant pour le subvertir homosexuellement avec le journaliste d’Arte. Je ne me rappelle plus de sa réponse. On a donc parlé de cette exposition sur le clubbing que j’avais prévue d’aller pirater, car mon existence est très liée au hacking mais aussi aux boîtes de nuit et à tous ces espace magique de la nuit TTPG où l’on m’autorise à être qui je suis et où j’ai rencontré tant de personnes qui comptent dans ma vie. Et puis je voulais aussi le pirater car H. y exposait, mais aussi Yvette Neliaz qui présentait de nombreuses photos et vidéos où j’apparais, puisque nous nous croisons dans les soirées depuis 2012. Je trouvais qu’un hacking était presque nécessaire mais je n’ai malheureusement pas eu le temps, j’attends donc que Tony veuille bien reprendre cette exposition qui s’appelle d’ailleurs du même nom que l’exposition de sortie des Beaux Arts de H. que j’avais piratée en mai 2016 aux Beaux arts de Paris : « Je Sors ce soir » (post de mai 2016 et sur laquelle j’ai écrit dans le dernier numéro de la revue Terrain Vague, en reprenant à mon tour les titres de Dustan en guise de titre de parties. 1/ Je sors ce soir et 2/ Plus fort que moi.)

Je viens d’ailleurs d’y penser : Pourquoi ne pas reprendre cette exposition à la Folie ?

Puis notre conversation a bifurqué sur un autre rituel de l’Homo Sapiens : l’érection des menhirs et des dolmens. Il y a quelque temps, Tony a parcouru la Bretagne dans tous les sens pour répertorier ces pierres immenses que nos lointains ancêtres ont installées. Je lui ai dit que moi aussi ça m’intéresserait de faire ce tour et cette cartographie, entre autre parce que j’ai entendu dire que tous ces sites étaient liés « ésotériquement » et magiquement à une cartographie énergétique fabuleuse.

Avant de partir il m’a demandé si je mangeais toujours des avocats, en souvenir d’une conversation écologique sur la décroissance et nos incohérences alimentaires et idéologiques, teintée de surréalisme désespéré, que nous avions eue dans les backstages de la Flashcocotte en décembre 2015 au Cabaret sauvage, où je fêtais je crois mes 5 ans, entre autre avec Pepi et Niz Denox. Vegan, je mange souvent des avocats, et Tony  m’avait expliqué son engagement écologique, et qu’il ne lui semblait pas possible de cautionner le fait de manger des avocats qui assèchent et désertifient des régions entières de l’Afrique. Depuis cette longue conversation, je ne peux jamais manger d’avocats sans penser à Tony.

Après son départ j’ai dansé, puis parlé avec Arnaud qui est toujours doux et lumineux,  un garçon a voulu m’initier au bingo, car j’ai avoué que je n’avais jamais joué de ma vie, il m’a donné une carte et j’ai commencé à gagner, il était soudain inquiet que je gagne à sa place, je lui ai dit que si oui nous partagerions alors les gains, mais heureusement cela n’a pas eu lieu, et puis tout à coup H. Margot Mathieu et Gabriel ont débarqué. C’était la fête et la joie des retrouvailles, la performance s’était bien passée, on a dansé, mais comme c’était dimanche, on est tous rentrés très tôt.

La journée n’était pas terminé, elle me réservait encore une heureuse surprise. Boulevard Barbès, j’ai croisé un ange avec un SMILEY sur le dos, Eva, qui de son vélo m’a hélé pour me dire qu’elle me connaissait et suivait mon travail, et qu’en séminaires à Sciences Politiques, elle étudie la performativité, et a un ami Bastien qui veut écrire sur moi et ma pratique. C’était si réconfortant de voir son sourire et d’avoir son intérêt après cette soirée de refus à la Villette.

Mirage 2000

As France is again on war,  as France continues to have colonial and neocolonialist ways of acting, as France sustains again the dictator of Tchad, I decided to do an happening.

Last sunday afternoon i took subway, I crossed all line 2 with a white flag.

In the subway I met a muslim woman with two childs. She asked me what i was doing, i told her I was going to Tchad embassy for protesting. She explained the meaning of white flag and the importance of being and living for peace to childrens using the pronoon SHE. The little girl said she didn’t understand nothing cause she thought i was HIM. I explained her i was nor boy nor girl. Then they helped me to find the Tchad embassy.

I met an unknown guy who took pictures.

La langue des oiseaux

C’est le printemps et on peut lire ici ou là des choses bien tristes sur le silence des oiseaux. Oui cela m’attriste beaucoup d’apprendre que de plus en plus d’oiseaux disparaissent, car je les aime, et je suis moi-même un oiseau.

Je suis né Cuco, ce qui signifie coucou en espagnol.  Ce coucou m’a hacké et je suis devenu hacker, Il s’est imposé à moi à Mexico en octobre 2011 au moment de la fête des morts. J’ai accepté cette visitation, même si ce n’est pas le plus charmant des oiseaux, je sais qu’il incarne aussi la subversion et le hacking mieux qu’aucun autre. He’s a sort of  bad bird. Je suis transgenre transspéciste. I’m a transbird. C’est difficile à expliquer, alors le plus souvent je me contente de dire transgenre, ce qui est déjà difficile à admettre pour beaucoup qui, lorsque je leur dis que je ne suis ni un garçon ni une fille, finissent parfois par me demander si j’ai une bite ou une chatte. Si je leur dis qu’en fait je suis un oiseau,  ce serait pire. C’est pourquoi je ne ne le dis qu’aux âmes soeurs que je rencontre ici ou là alla around the world.

C’est le printemps et c’est en ce moment que les coucous font entendre leur  mystérieux « coucou » qui, en retour leur donne leur nom. Ils émettent ce son, qu’on appelle assez improprement un chant , le plus souvent à l’aube dans les forêts, mais aussi parfois au milieu de l’après-midi, et plusieurs fois d’affilée. J’ai rencontré un garçon à la dernière Trou aux biches – fête queer, qui, si l’on en croit son nom, est interspéciste elle aussi  – qui m’a raconté qu’enfant il partait en forêt écouter le chant des oiseaux. J’étais heureux qu’il me parle de cela et de voir ses yeux briller. J’ai oublié comment s’appelait ce garçon ami du dancefloor et de la forêt, j’espère le revoir un jour. Je crois que c’était Boris. Boris l’ami des coucous.

J’ai appris dernièrement qu’une performeuse se dédiait à l’apprentissage des cris et chants d’oiseaux qu’elle intégrait ensuite dans des compositions sonores. On m’a rapporté qu’elle avait dessiné une partition de chant de coucou. J’ai décidé d’aller voir, lire et entendre cette partition et de hacker au passage son espace de jeu. Sur le chemin, quand je marchais dans la rue entre la gare RER de Clamart et le centre d’art Contemporain où je me rendais à pieds, un homme est arrivé derrière moi et a émis des sons, sorte de coassements terrifiants . J’ai sursauté et quand je me suis retourné, il a éclaté de rire. C’était étrange de rencontrer cet homme oiseau presque méchant, avec ses sons effrayants et son rire sardonique. Arrivé au Centre, je suis allé directement voir les partitions. La mienne n’était en fait qu’une petite ligne parmi d’autres, avec, dans la même page, la partition d’une mésange et d’une mouette.

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J’ai eu envie que son auteure vienne me la dire, me la murmurer dans mon oreille de latex, qu’elle dialogue quelques minutes avec moi. Mais ce n’était pas le moment, car quand je suis arrivé, la performance allait commencer, Violaine Lochu était déjà à l’intérieur, entourée de spectateurs, et dehors, au bout de l’allée, il y avait un musicien, Jean-Luc Guionnet. Tous deux créaient un nouvel espace devant nous. Quand elle a commencé à émettre des sons, un nouvel espace vibrant et mouvant s’est créé devant nos yeux et en hors champ. Nous étions tous tendus vers l’écoute.  Peu à peu, nous avons entendus des sons que nous n’avons pas l’habitude d’entendre, des sons que nous n’avions jamais entendus, des sons parfois étranges parfois effrayants. Des cris, des gémissements, des éructations, des borborygmes. C’était saisissant de voir l’espace s’inventer devant nos yeux et de faire partie de cet espace créé par un dialogue basé sur le mélange de proche et de lointain. Un enfant s’est mis à émettre à son tour des petits sons, sorte de rots et de hoquets, tout à fait en dialogue à son tour avec ce qui se passait. Parfois Violaine Lochu laissait échapper des cris d’oiseaux déchirants et son visage se modifiait, et celui des spectateurs aussi.  En hors champs, toujours insistait le son de l’instrument. Magnifique. Une petite fille se roulait par terre et étirait les bras devant elle comme pour danser. C’était un peu chamanique. J’étais heureux d’être là, mon être transbird se déployait, car il y avait vraiment des présences mi oiseaux mi humaines parmi nous et Violaine les incarnait tour à tour, les faisait naître devant nous et avec nous.

Et sur cette photo Violaine Lochut Jean-Luc Guionnet et les deux hackers : la petite fille qui a vraiment beaucoup participé, dansé et dialogué et moi même.29352391_1064371367058294_6593935666714179422_oIl m’a semblé entendre des sons parfois très proches, j’étais très ému, et à un moment j’ai cru entendre aussi le son du coucou. Je ne sais si j’ai rêvé. Après la performance, je suis retourné voir la partition. Je crois que je la murmure régulièrement depuis, comme j’avais chantonné la mélodie de RussianKids de Chassol, quand nous nous étions rencontrés en 2013 sur le dancefloor du Social Club. https://youtu.be/BK96vHF6Suo

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I REMEMBER III Londonian hacking « Behind the mask there is an other mask » : to Claude Cahun till Genesis P Orridge, transgendered links through times and spaces

Jeudi 24 août 2017

Il pleut. C’est un été triste. Juste idéal pour moi. Je viens d’arriver à Londres et je pense à mon dernier séjour en mai. Ce soir je comate un peu à Camdell Street où  j’attends tapi dans la pénombre de ma chambre étriquée que la nuit tombe vraiment pour sortir à Dalston street où il y a un café store où ils annoncent une soirée à ma mesure. Je suis toujours curieux de découvrir une  nouvelle soirée. Tonight je serai la médiévale queen. Je pense à la dernière fois que je suis venu à Londres, à mon hacking de la National Portrait Gallery raté, c’était juste avant les attentats, juste avant l’incendie qui a ravagé la tour.

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Je suis ici en plein mois d’août et on vient tout juste d’annoncer l’attentat qui a eu lieu à Barcelone. Je pense à Stéphane Von Brach qui habite désormais à Barcelone. Je me demande s’il va bien. Je pense à nos rencontres fulgurantes sur le dancefloor, à nos danses toujours si énergisantes, aux photos en souvenir. Je me dis que j’aurais très bien pu être à Barcelone maintenant près des ramblas, dans cette ville où en septembre 2016 j’avais marché heureux et libre justement sur les Ramblas. Il faisait alors si chaud qu’à la Barceloneta j’étais descendu à la plage où j’avais pris plusieurs douches d’affilée devant les regards médusés des baigneurs. Je pensais que mes chaussures mouillées sècheraient plus vite. Elles étaient si lourdes à porter ensuite que j’ai un peu regretté mon enthousiasme. Je me souviens avoir traversé  toute la ville en nage, avoir remonté un peu les ramblas pour aller pirater l’exposition consacrée au Punk au Musée du MACBA. J’étais heureux et plutôt fier d’avoir traversé la ville tout seul en plein jour. Sorte de piratage géant, comme une extension des possibles. Je suis toujours si heureux d’exister en plein jour et de pouvoir marcher seul dans des rues sans être inquiété. Sans me sentir menacé d’emprisonnement. Ce n’est pas le cas en F/Rance. Alors que ni à Barcelone ni à Londres ni à Berlin je ne suis interdit de séjour dans l’espace public. Les Musées c’est autre chose. Au MACBA je me suis fait refouler comme si souvent dans les Musées. Dans l’exposition il y avait des vidéos de Genesis P Orridge, comme ça me semblait un non-sens de faire une exposition sur le punk, parce que c’est l’institutionnalisation de ce qui devrait être ininstitutionnable et inaliénable, j’ai pensé que ce serait bien de foutre le bordel. PUNK is NOT dead. Mais ça n’a pas pu avoir lieu alors j’ai fait un selfie devant l’affiche « PUNK » et puis en marchant dans une petite rue à côté, j’ai vu une installation graphique au mur : DAYS TO COME. Elle m’a semblé emblématique de notre époque, des temps présents et à venir. Emblématique de tous les jours à venir désormais. Oui désormais nos jours sont placés sous le signe de l’explosif. Sous le signe brûlant du danger.

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En partant du MACBA, en me dirigeant vers les ramblas, j’ai rencontré un photographe chilien Patricio Salinas Agurto qui a voulu me prendre en photo debout dans la rue. Il faisait si chaud que je venais de m’arrêter à la Fontaine pour m’asperger le visage.

Aujourd’hui je suis de retour à Londres dans la ville de Throbbing Gristle, lui qui est devenu ensuite S/he, IEL aka Genesis P Orridge avec Psychic TV, IEL qui a inventé le concept de pandrogynie, eux que j’ai eu aussi envie de pirater en mai dernier au retour de Londres.

La dernière fois que j’étais à Londres, j’ai voulu pirater The National Portrait Gallery, l’exposition intitulée « Behind the mask there is an other mask », une déclinaison de l’oeuvre de Claude Cahun. Il me semblait juste et presque évident qu’ils m’ouvrent leurs portes car j’incarne le prolongement présent de la question au présent, mais la Sécurité m’a bloqué.

Pour protester contre l’absurdité de ce refus et du monde de l’art obtus, j’ai décidé de faire un happening devant la National Portrait Gallery. J’ai sorti mon drapeau et je me suis posté sous l’affiche avec l’illustration de Claude Cahun qui porte son masque comme une dépouille. Et c’est sous cette affiche et sous le titre « Behind the mask there is an other mask » que je suis resté une petite demi-heure en déployant mon long drapeau où est inscrit le texte de la loi française de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public.

Plusieurs personnes se sont arrêtées pour me demander de leur expliquer ce qu’il y avait écrit. Personne ne semblait vraiment faire le lien entre qui j’étais et l’affiche qu’il y avait au-dessus de moi. Je me suis attiré une certaine sympathie, en particulier des vieux punks anglais. Alix a immortalisé ce moment

Hacking National Portrait Gallery

 

Quand je suis rentré à Paris fin mai 2017, je suis parti presque de suite au concert de Psychic TV. A peine arrivé, j’ai aperçu mon amie Marie Losier qui était tout devant devant sur le côté un peu surélevée, parce qu’elle est petite et parce qu’elle n’en veut pas rater une miette. En discutant avec elle, je débordais légèrement l’espace « sécurisé ». Un agent m’a repoussé j’ai dit que j’étais avec « eux », alors il m’a laissé. Quand je suis arrivé sur scène, Genesis m’a souri, la bassiste m’a accueilli adorablement. Quelques minutes après, le batteur m’a chassé. Quand je suis sorti de scène, l’agent de sécurité était furieux d’avoir été dupé. C’est alors qu’un homme m’a dit qu’il avait filmé mon action et m’a montré une photo qu’il avait prise lors du vernissage de Jean-Luc Verna au MacVal, où je suis non pas avec lui, mais avec Alix

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Et puis il m’a envoyé le film.

Oiseau et simulacre, une tragédie interspéciste

C’est un destin digne d’un héros de tragédie grecque, accablé par un fatum qui le dépasse. Une mécanique cruelle et inéluctable, qui renvoie chacun à sa propre prison ontologique. C’est l’histoire de Nigel, le fou de Bassan, mort comme il aura vécu : seul. Un conte moderne fait d’amour, de mélancolie, et de faux congénères de béton.

Depuis le 1er février, c’est un hommage ému que rendent les médias néo-zélandais à celui qui passera à la postérité comme « Nigel sans ami ». Car Nigel, petit volatile à tête jaune pâle, était arrivé voilà cinq ans sur les falaises désertes de l’île Mana.

Ce confetti de terre, à quelques kilomètres de la côte ouest de la Nouvelle-Zélande, avait été déserté par les fous de Bassan depuis quarante ans, chassés de leur éden aviaire par des espèces invasives. Pour restaurer ce havre, des ornithologues n’ont pas ménagé leurs efforts. Espérant le retour de la colonie, ils installèrent quatre-vingts fous de Bassan de béton sur l’île. Des statues grossièrement finies, au plumage blanc et au bec noir, diffusant grâce à des panneaux solaires des enregistrements mélodieux de chants d’oiseaux. Pour mieux leurrer d’éventuels congénères, de fausses déjections avaient également été étendues autour des statuettes inanimées.

L’arrivée miraculeuse de Nigel fut pour les conservateurs une bouffée d’optimisme. Ils en étaient désormais sûrs : si un fou de Bassan avait cru à leur piperie, l’avenir était assuré. Les fous, espèce particulièrement grégaire, reviendraient bientôt en nombre animer de leur cri guttural le paysage onduleux de Mana.

Nigel (de dos).

« Fascination morbide »

Mais las ! Nigel restait, au fil des semaines, seule âme vivante à peupler le lieu. Durant cinq ans, il a vécu sa vie de fou de Bassan sur la falaise, rythmée par les petites joies d’une vie d’oiseau : un vivaneau goûtu, une touffe d’herbe moelleuse, une brise marine revigorante…

Toujours, il revenait auprès de sa colonie agglomérée, à laquelle il était « très attaché », a commenté auprès du Guardian le responsable de la conservation de Mana, Chris Bell. « Avec le recul, je pense que ça a dû être une expérience pleine de frustration pour lui », poursuit le ranger, qui racontait au site néo-zélandais Stuff cette « fascination morbide » de Nigel pour l’inanimé.

Car si « aucun homme n’est une île », comme l’écrivait le poète anglais John Donne en 1624, l’aphorisme semble aussi irréfragable en ornithologie. Au fil du temps, Nigel a bien cherché à tisser des liens avec ses pairs de béton.

D’abord, ce fut un rapprochement auditif. Des piaillements qui se firent plus pressants à l’endroit d’un leurre en particulier. Puis, au bout de quelques mois, on le vit revenir sur la côte, le bec chargé d’algues et de brindilles. A côté de l’élue de son cœur, Nigel commença à construire un nid pour sa vaine idylle.

Fidèle à ses fantoches bétonnés

A la fin de 2017, pourtant, un bouleversement de taille se produisit sur Mana. Un choc qui aurait pu changer l’existence de Nigel, et l’inéluctable précipice tragique vers lequel il voletait. Contre toute attente, trois fous de Bassan — des vrais, en plumes et en os — avaient finalement choisi de rejoindre l’abri de Nigel.

Mais tout volatile qu’il était, Nigel n’était pas volage. Il resta fidèle à ses fantoches bétonnés, et particulièrement à son voisin de nid, avec qui il avait décidé de partager ses jours. C’est dans cet écrin conjugal que Nigel a été retrouvé mort, mercredi 31 janvier.

Dans tout conte, il y a une morale. Particulièrement inspiré par le destin de Nigel, le site américain Vice en a trouvé six. Parmi elles, le rappel que « l’amour est patient, l’amour est aveugle ». Vous a-t-on déjà reproché de vous être épris de quelqu’un qui ne méritait pas votre dévotion ? Ne les laissez pas vous distraire, et soyez sûrs de vos choix comme Nigel, dussiez-vous en mourir seul. Après tout, la littérature en est une illustration permanente : les plus belles histoires d’amour ne sont souvent pas les plus heureuses.

Vice recommande tout de même de vous interroger régulièrement sur les raisons profondes de votre amour. « Rappelons là tout de même que Nigel présentait de forts troubles de l’attachement s’il se satisfaisait d’être en couple avec quelqu’un qui n’a rien fait pour lui pendant quatre longues années », note le site américain.

L’épilogue de cette histoire revient au ranger Chris Bell, qui a résumé la peine de son équipe : « On a le sentiment que l’histoire aurait pu se terminer différemment, qu’on pouvait être au début de quelque chose d’encore mieux pour Nigel. » Pour vous assurer donc de ne pas passer à côté d’un destin plus heureux, mettez en application le précepte de Vice : « Ne mourez pas. »

Devenir un hologramme

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Le 24 décembre 2017, j’ai piraté l’installation de Ryoji Ikeda à la Grande Halle de la Villette lors du dernier Festival d’Automne. Avec l’Etat d’urgence, les lois sécuritaires et l’existence de cette loi de 2010 qui interdit de cacher ou de masquer le visage dans l’espace public, je ne peux exister : Toutes mes actions, mon existence toute entière, sont  devenues un perpétuel hacking.

Tandis que je dansais, deux visiteurs m’ont filmé en pensant que j’étais un hologramme. Ce n’est que lorsqu’ils se sont approchés juste au-dessus de moi qu’ils ont vu que je respirais qu’ils ont compris que j’étais un être vivant avec de vrais battements de coeur.

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Plus tard, deux gardiens sont venus et m’ont demandé de retirer mon masque. Je leur ai expliqué que c’était mon visage et que je ne pouvais pas le faire et que je préférais sortir.

I REMEMBER. Chap II Mort à Venise

Je suis à Venise. J’ai hacké la Biennale. Endolori mélancolique et écoeuré par cette ville bondée de touristes, je suis atteint non pas du syndrome de Stendhal qui m’aurait plongé dans une commotion esthétique devant trop de sublime, mais du syndrome de Mort à Venise. Je viens d’inventer ce nouveau syndrome à cause du film au titre éponyme et de son inséparable symphonie numéro 5 de Gustav Malher qui donne un peu envie de mourir, mais aussi à cause d’une autre mort à Venise à laquelle j’ai pensé alors que je marchais le long du grand Canal.

En janvier 2017 Pateh Sabally s’est noyé en plein jour dans le Grand Canal juste en face de la gare ferroviaire. Sur un vaporetto, des touristes et des vénitiens l’ont regardé se noyer, certains ont filmé, d’autres ont commenté la noyade. Une vidéo a fait le tour du monde satisfaisant à la fois notre désir voyeuriste d’assister à l’irreprésentable – la mort en direct – et notre besoin de nous indigner qui nous préserve de la culpabilité. Dans cette vidéo, on voit un corps bouger et se débattre dans l’eau qui rapidement s’immobilise; saynète d’autant plus tragique et inouïe qu’elle est surplombée d’une autre scène. Des individus dans le vaporetto regardent, filment, ou crient « Rentre chez toi » ! Laissez-le il veut mourir ! Qu’il crève ! » D’autres, plus humains, hurlent qu’il faut lui envoyer la bouée de sauvetage qui finit par être maladroitement lancée à deux mètres de lui alors qu’il ne semble déjà plus bouger. Il n’est peut-être pourtant pas mort, il est alors peut-être encore juste inanimé à cause de la température glaciale de l’eau qui ne doit pas dépasser les 5 degrés. Mais on le laisse mourir.

Pateh Sabally avait 22 ans, il avait traversé la Méditerranée, quitté la Gambie, bravé tous les dangers et vivait depuis deux ans en Sicile, ses titres de séjour valables deux ans touchaient à leur fin.

Peut-être voulait-il protester contre cet acharnement administratif ? Peut-être était-il tout simplement déprimé et angoissé à l’idée de reprendre la lutte pour obtenir un droit de séjour ?

Pateh Sabally a traversé l’Italie, il est arrivé quelques jours avant de commettre cet acte qui l’a rendu célèbre pour quelques semaines dans le monde entier. Des millions ont lu et prononcé son nom. PATEH SABALLY. Pateh Sabally c’est comme Adama Traoré en France. Un nom qui circule désormais dans des milliers de bouches et d’esprits. Un Nom pour les martyr morts d’une oppression policière ordinaire et quotidienne. Un Nom pour tous et toutes les autres qui ne sont ni ne seront jamais nommé.e.s.

Pateh Sabally est venu mourir à Venise. Certains ont dit qu’il fallait le laisser car il voulait mourir. On a insisté sur le fait qu’il se suicidait. En tous cas qu’il l’aie souhaité ou pas on ne le saura jamais, ce que l’on sait, c’est que le 27 janvier 2017 il est venu mourir devant la gare, cet endroit symbolique de la libre circulation des nantis et des privilégiés. Il est venu, il a posé ses maigres affaires sur les marches, puis il est rentré dans l’eau froide et glacée au vue de tous et de toutes. Sans doute espérait-il être sauvé sinon ne se serait-il pas jeté dans la nuit ?

Oui il est venu mourir en plein jour, mais ses pleurs ses cris ses gémissement ont été recouverts par les cris des badauds et d’autres racistes, qui, s’ils avaient pu appuyer avec leur pieds pour qu’il ne remonte pas à la surface l’auraient fait. Mais il n’y a même pas eu besoin. Pateh Sabally avait échappé à la noyade en Méditerranée et est venu se noyer dans la plus belle ville du Monde où s’agglutinent chaque année 28 millions de touristes. Dans cette ville sublime, on ne voit presque pas de noirs, sauf quelques uns, la plupart postés au détour d’une ruelle faisant la manche avec l’air apeuré. Fait étrange quand on le rapporte au flux permanent de migrants africains en Italie. Les africains ont sans doute compris qu’il ne fait pas bon vivre en Italie du Nord et encore moins à Venise, où, depuis le changement de maire en 2015 le crédo est comme dans la plupart des villes européennes : « les migrants dehors ». Migrants et réfugiés sont devenus les mots de la honte qui effacent l’humanité de l’autre homme et nous permettent notre inhumanité.

A peine arrivé dans cette ville, j’ai éprouvé du dégoût. Il est peu à peu monté en moi et autour de moi comme l’odeur d’égout et peu à peu il s’est étendu, semblable aux effluves infectes qu’exhalent par moment les lagunes au détour d’une charmante ruelle ou d’un petit pont que l’on voudrait trouver adorable comme dans les cartes postales, mais que l’on regarde avec dégoût. Alors j’étais heureux de hacker cette installation de la biennale NO PAIN LIKE THIS BODY. NO BODY LIKE THIS PAIN.

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Cela me semblait la seule chose pertinente à faire, car déambuler parmi les installations en produisant l’habituel trouble que je suscite quand un piratage est réussi sur ce qui est ou fait art, m’a semblé insuffisant. Comme si au vue de ce que je ressentais, ma présence habituelle, en creux, sur le fil, par soustraction, ne me semblait plus assez offensante ni offensive dans ce monde clinquant, mais bien au contraire Inoffensive. On m’a demandé si j’étais artiste si j’étais à la Biennale j’ai répondu oui comme vous. On m’a demandé si j’étais comme ça pour la Biennale j’ai répondu que non que j’étais comme ça depuis six ans. On m’a demandé si ce n’était pas gênant pour aller travailler ou pour prendre l’avion, si on ne m’embêtait pas. J’ai souri devant la naiveté. Je suis monté dans la salle de garde où s’érigeait une immense et impressionnante sculpture : un bateau, avec un texte didactique nous expliquant que les bateaux de tout temps avait servi le commerce et le développement des échanges. La salle de garde a d’immenses baies vitrées ouvertes vers les sommets. J’ai été attiré par la lumière, depuis des heures j’étais enfermé et je n’avais pas vu à quel point le ciel était à présent dégagé. J’étais soudain sidéré par la beauté des sommets lointains enneigés, immaculés et étincelants. La nature, dans son brusque surgissement, faisait tout à coup office de vie réelle, elle semblait être soudain le « vrai » lieu. Je ne voyais pas  ces montagne enneigés comme un paysage romantique mais comme un espace temps où sentir écouter éprouver aux côtés des animaux. Et puis j’ai été rattrapé par la raison. La société du spectacle a bien sûr étendu ses frontières jusqu’aux sommets ! La salle de garde avec sa grande sculpture de bateau symbole des échanges ancestraux dans le monde…Ne nous gênons pas pour faire l’éloge de l’empire et de son histoire : Au commencement était le commerce du tabac du café. Célébrons les bienfaits des échanges comme les bienfaits de la civilisation dans les pays colonisés. Oui, pourquoi s’empêcher de neutraliser l’histoire ? De célébrer cette longue et interminable expansion de l’Empire qui a abouti au triomphe du capitalisme et des frontières rigides qui sont des fictions que les Etats fomentent pour continuer l’exploitation infinie de l’homme par l’homme.

A force d’errer dans cet immense décor en carton pâte, de regarder des productions artistiques et esthétiques complètement déconnectées des urgences à panser et /ou re-penser le monde, je me suis senti fier d’être qui j’étais malgré l’insuffisance immense de mes actions que je ressens. J’ai piraté la Biennale mais j’ai piraté aussi la ville puisque Venise toute entière est un Musée grandeur nature. On s’y déplace par troupeaux comme dans des salles d’une exposition à haute fréquentation à ciel ouvert. J’ai rarement éprouvé une impression si forte d’assister au dépassement des pires et funestes  prédictions de la décadence de notre époque engloutie dans la société du spectacle « Le spectacle est le moment où la marchandise est parvenue à l’occupation totale de la vie sociale. Non seulement le rapport à la marchandise est visible, mais on ne voit plus que lui : le monde que l’on voit est son monde. La production économique moderne étend sa dictature extensivement et intensivement »

Venise est bien ce monde et ce moment où la marchandise est parvenue à l’occupation totale de la vie sociale. Et le pire c’est que la marchandise à Venise c’est la culture. La marchandise c’est l’art. Le pavillon de Venise aux Giardini était à cet égard sidérant ou consternant de lucidité. Venise ou le luxe, c’était le thème. Avec ses inscriptions étranges et douteuses idéologiquement. E Man Che Lavora ! L’homme qui travaille ! Oui ! Pour fabriquer des diamants des bijoux. Mais qui est « cet homme » travaille ? Et pour qui ? L’apolitisation de cette installation est ahurissante. On doit donc admirer le luxe qui irrigue l’histoire de cette ville et on doit aussi sourire à la fin du dédale quand on a traversé la « porte orientale » et admiré l’éléphant qui la garde, enfin on est censé sourire quand on assiste à cette installation kitsch sur le luxe sentimental et creux. La musique suave et sentimentale avec une table dressée au milieu. Mais même si c’est ironique c’est tellement insuffisant…